S'il est une période dont la plupart des adultes se souviennent avec nostalgie, c'est bien celle des Noël de leur enfance. Faisant partie de ceux là, je vous évoque les Noël des années 60 à Noyen mais non pas la fête familiale mais la fête collective, celle qui réunissait tout le village dans l'école communale.

 

Noël d'antan

 

Dans l'une des 2 salles de classe, trônait en permanence une scène d'une quinzaine de mètres carrés dotée de rideaux  et d'un savant éclairage fait  d'ampoules entourées d'un paravent de papier d'aluminium pour diriger la lumière vers les jeunes artistes que nous étions.

 

  En effet, l'instituteur, Monsieur Lanson, dans les mois qui  précédaient Noël, nous faisait répéter des chants et des saynètes dans lesquelles, bien entendu le Père Noël était le  personnage principal. La représentation avait lieu le 25  décembre à 16h et tous les noyennais se tassaient sur des  bancs de bois dans la petite salle de classe pour y assister  (seuls les officiels, c'est-à-dire les membres du conseil municipal avaient droit à une rangée de chaises au premier rang). Il régnait donc dans cette salle de spectacle improvisée une atmosphère surchauffée et ceux qui n'étaient pas arrivés parmi les premiers étaient condamnés à regarder le spectacle au travers de l'embrasure de la porte en se   hissant sur la pointe des pieds.

 

Nous passions par une séance de maquillage (rouge à lèvre et poudre sur les joues pour tous) et attendions, fébriles, que débute notre prestation. Se succédaient alors les chants et les saynètes généreusement applaudis par toute l'assistance. Je me souviens tout particulièrement d'un chant qui s'intitulait Noël d'Alsace et dont le refrain disait : « Dès que l'hiver est arrivé sur la campagne et dans les rues, chacun songe en Alsace à Noël ... ». Cette chanson était pour nous la plus difficile à interpréter car nous devions suivre le rythme de la musique distillée par un tourne disque et ce rythme était particulièrement rapide ce qui fait que régulièrement nous étions « à la traîne ». Mais bien sûr nous avions toute l'indulgence d'un public acquis à notre cause. Me reviens également en mémoire que le Père Noël, comme tout Père Noël qui se respecte, surgissait sur la scène en sortant d'une cheminée mais comme il portait sur le dos sa traditionnelle hotte et que la cheminée était un peu étroite, chaque année invariablement il faisait vaciller la cheminée ce qui ne manquait pas de faire rire l'assistance.

Tout était orchestré de main de maître par Monsieur Lanson et ses assistants et aucune fausse note (au sens figuré car il y en avait bien parfois au sens propre dans les chants) n'était tolérée. La fête se terminait par la distribution des cadeaux par le Père Noël lui-même (c'était généralement un adolescent du village qui avait cet immense privilège) et chaque enfant recevait le sien avec une joie non dissimulée (car c'était pour certains l'un des rares cadeaux qu'ils recevaient), accompagné d'un petit sachet avec quelques mandarines et crottes en chocolat.

 

Cet après-midi de Noël était donc un moment de pur bonheur pour tous, enfants, parents, amis qui participaient avec enthousiasme et générosité à ce spectacle bon enfant et sans prétention. Il y avait une espèce de magie et de bonheur immense à être tous ensemble et cette fête a perduré quelques années encore mais elle a ensuite disparu comme tant d'autres choses dans nos villages,  au nom d'une certaine modernité sans doute.